Installations artistiques et expositions
Depuis 2022, Dorothée Myriam Kellou développe des projets artistiques et documentaires qui interrogent les mémoires coloniales, les récits familiaux et leur transmission. Son travail associe création audiovisuelle, recherche historique, interventions dans l'espace public et démarches participatives, en collaboration avec des institutions culturelles, des artistes et des établissements scolaires.
Le fantôme de mon père : Musée des Beaux-Arts de Nancy (2022–2023)
En 2022, elle réalise la vidéo Le fantôme de mon père, présentée dans l'exposition Récits postcoloniaux. Sur les traces du sergent Blandan au musée des Beaux-Arts de Nancy.
Conçue par Susana Gállego-Cuesta, Kenza-Marie Safraoui et Marion Pacot, cette exposition propose une relecture critique de la conquête coloniale de l'Algérie à travers l'histoire du sergent Blandan. Elle associe notamment des élèves de première du lycée Jeanne-d'Arc de Nancy, leur professeur d'histoire-géographie Étienne Augris et les documentaristes Malek et Dorothée Myriam Kellou.
Dans Le fantôme de mon père, Dorothée Myriam Kellou explore les souvenirs de son père, Malek Kellou, qui a connu enfant la statue du sergent Blandan à Boufarik, en Algérie. Transférée à Nancy après l'indépendance, puis installée dans l'espace public en 1990, cette statue fait ressurgir une mémoire familiale longtemps enfouie.
Voir Le fantôme de mon père — Mot de passe : mansourah
La Table de désorientation : Contre-monument à Nancy (2025)
Prolongeant ce travail, Dorothée Myriam Kellou conçoit La Table de désorientation, un anti-monument poétique et politique inauguré le 6 novembre 2025 à Nancy, face à la statue du sergent Blandan.
Inspirée d'un extrait de son essai Nancy-Kabylie, cette commande publique du musée des Beaux-Arts de Nancy prend la forme d'un disque métallique réfléchissant de 1,59 mètre de diamètre, dressé à la verticale. Sur sa surface est gravé un texte écrit par Dorothée Myriam Kellou, traduit en arabe par la poétesse algérienne Lamis Saïdi et ponctué d'un passage en tamazight.
À travers la mémoire de son père, qui a connu la statue à Boufarik avant de la retrouver à Nancy après son exil, l'œuvre fait émerger une contre-histoire : celle des colonisés et de leurs descendants. Le passant, dont le visage se reflète dans le métal, est invité à combler les blancs de l'Histoire et à interroger l'impensé colonial.
Plutôt que de faire disparaître la statue, La Table de désorientation propose de déplacer le regard et de transformer un héritage de peur et de silence en une trace visible, à déchiffrer ensemble.
Cette œuvre collective a été réalisée grâce à la collaboration du musée des Beaux-Arts de Nancy, de la Ville de Nancy, de Susana Gállego-Cuesta, Kenza-Marie Safraoui, Colin Ponthot, Redouan Chetuan, Romain Morieux, des apprentis de l'UIMM de Maxéville, ainsi que de l'ENSAD et de l'ANRT de Nancy.
Découvrir La Table de désorientation, les photographies et le texte gravé
Chaque famille est une archive : Ateliers Médicis (2025–2026)
Dans le cadre d'une résidence artistique et culturelle aux Ateliers Médicis, Dorothée Myriam Kellou développe Chaque famille est une archive avec des élèves de seconde du lycée Albert-Schweitzer, au Raincy.
À partir d'objets, de photographies, de souvenirs et de récits familiaux, les élèves explorent leurs histoires personnelles et collectives. Le projet accorde une place centrale aux langues qui traversent leurs familles : arabe, kabyle, arménien, serbe, espagnol, bulgare, tamazight, turc ou encore kurde.
Cette recherche donne naissance à un court métrage documentaire de création, Chaque famille est une archive, qui mêle photographies, archives intimes, voix des lycéens et récit à la première personne. Le film interroge les langues héritées, perdues ou tues, les silences de la transmission et la possibilité de faire œuvre à partir d'un manque.
Le projet donne également lieu à l'exposition Nos langues, lost in migration, présentée aux Ateliers Médicis en octobre 2026 dans le cadre de la Saison Méditerranée, après une première restitution au lycée en mai 2026.
À travers cette résidence, Dorothée Myriam Kellou poursuit une démarche où l'enquête, l'écriture et la création artistique permettent de faire émerger des récits souvent absents des représentations dominantes.
Projets en cours : Bureau des heures invisibles (2026–2027)
Dorothée Myriam Kellou entame une collaboration avec le Bureau des heures invisibles dans le prolongement de son travail autour de La Table de désorientation, avec de nouvelles perspectives de création et de transmission des mémoires dans l'espace public.